Actualités du Registre Suisse du Cancer de l’Enfant

Perte d'acuité auditive comme effet à long terme suite à une maladie cancéreuse dans l’enfance ou l’adolescence

Le RSCE a effectué une nouvelle étude sur le thème „Perte d'acuité auditive comme effet à long terme suite à une maladie cancéreuse dans l’enfance ou l’adolescence“.

La documentation complète à ce sujet peut être consultée sur le site suivant: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27650356

Résume des résultats

Qu’avons-nous analysé?

Notre objectif était de découvrir si les anciens patients atteints d’un cancer souffrent plus souvent que leurs frères et sœurs d’une perte d'acuité auditive, ainsi que d’identifier les facteurs qui augmentent ce risque. Nous voulions également analyser si le risque de perte d’acuité auditive a été influencé par l’évolution des traitements au cours des dernières décennies.

Pourquoi cette étude est-elle importante?

La chimiothérapie à base de platine et l’irradiation crânienne peuvent conduire à la perte d'acuité auditive. Dans le cas de la Suisse, nous ne savions pas encore avec quelle fréquence les anciens patients atteints d’un cancer de l’enfant souffrent de cet effet à long terme. Indépendamment du traitement reçu, nous voulions analyser la fréquence de perte d'acuité auditive afin de pouvoir suggérer aux anciens patients des examens de suivi médical qui soient adaptés à leur profil de risque. Les traitements du cancer ont changé au cours des dernières décennies : les chimiothérapies à base de platine, qui offrent un danger de perte auditive, sont employées avec une fréquence croissante, tandis que l’irradiation est appliquée d’une forme de plus en plus précise afin de protéger les tissus autour de la tumeur. Le risque de perte d'acuité auditive a ainsi pu changer au fil du temps.

Qu’avons-nous fait?

Tous les anciens patients atteints d’un cancer de l’enfance en Suisse dont la maladie a été diagnostiquée il y a plus de cinq ans ont reçu notre questionnaire. Celui-ci contient, entre autre, des questions concernant d’éventuels troubles auditifs. Les mêmes questions ont été posées aux frères et sœurs de ces patients. Nous avons pu comparer les réponses de 2061 anciens patients atteints d’un cancer de l’enfance et 864 frères et sœurs de patients. Grâce à la collaboration du Registre Suisse du Cancer de l’Enfant, nous possédions déjà d’informations sur les traitements de chimiothérapie et radiothérapie effectués.

Qu’avons-nous découvert?

Le nombre d’anciens patients atteints d’un cancer de l’enfance qui indiquent souffrir de perte auditive est trois fois supérieur à celui de frères et sœurs (10% vs. 3%). La perte d’acuité auditive concerne plus fréquemment les  patients atteints d’un cancer du cerveau, d’un neuroblastome, d’une tumeur hépatique ou d’un cancer osseux. Nous avons découvert un risque particulièrement élevé chez les patients soumis à une chimiothérapie à base de platine (neuf fois) ou à une dose d’irradiation crânienne supérieure à 30 Gray (deux fois plus élevé). Les troubles auditifs ne sont souvent apparus que plusieurs années après la fin du traitement. Même si, à cause de leur haute efficacité, les chimiothérapies à base de platine ont été employées plus fréquemment au cours des dernières décennies, le risque de perte d'acuité auditive lié aux traitements plus récents (1996-2005) est plus bas que celui associé à des formes de traitement plus anciennes (1976-1995).

Quelles en sont les conséquences?

  • Une éventuelle perte d'acuité auditive suite à une chimiothérapie à base de platine ou à l’irradiation crânienne apparaît souvent assez tardivement. Cet aspect doit être pris en compte lors des consultations de suivi médical.
  • Les anciens patients atteints d’un cancer de l’enfance profitent des nouvelles stratégies thérapeutiques. Heureusement, il a été montré que le risque de perte d'acuité auditive est stable, voire en baisse, ces dernières décennies.
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